Extrait de la biographie de Mme F.

 

      J’ai très peu connu ma mère et possède peu de détails sur sa vie d’enfant et d’adolescente. Elle est morte alors que j’avais douze ans et ce que je raconte ici, je le tiens surtout de ma tante, la sœur de ma mère, qui s’est beaucoup occupée de moi après ce décès. Je détiens aussi un carnet de notes de ma mère, qu’elle a commencé à écrire quand j’avais cinq ans dans le but de me raconter son histoire. Elle pensait mourir tôt et craignait de ne pas pouvoir tout me raconter de vive voix… Pour toutes ces raisons, et aussi parce que les trajectoires de ma famille, de ma mère, et donc la mienne, sont indissociables de la Grande Histoire, j’ai choisi de commencer le récit de ma vie par l’histoire de celle qui m’a mise au monde. Née de parents juifs allemands, je me suis construite sur les décombres de la deuxième guerre mondiale et sur le sort réservé aux juifs par les nazis durant ces années terribles.

      Ma mère est née le 4 mai 1909 à Wiesbaden en Allemagne. Elle avait une sœur de dix-huit mois son ainée. Leurs parents, R. et J., tous deux nés en Allemagne, étaient d’origine polonaise. Ils occupaient tous les quatre le premier étage d’un petit immeuble dans un quartier tranquille proche de la nature. Au rez-de-chaussée vivait un couple âgé, et au second les enfants du couple du bas. Le père, Joseph,  était marchand de couleur. Il vendait des colorants aux fabricants de peinture. C’était un juif pratiquant aux principes stricts et la maisonnée vivait au rythme des rituels et fêtes juives. Martha adorait son père qui lui-même l’adulait. Leur relation a toujours été une relation forte. La mère, Rosa, était au foyer. Elle était triste, malade, souvent alitée, hypocondriaque pour tout dire, et très peu accessible à ses filles.

      Je n’ai pas d’autre information sur mes grands-parents maternels, si ce n’est que lui avait deux sœurs et elle était fille unique.

      Ma mère a commencé le piano très tôt et a fait montre d’un talent précoce. Dès l’âge de huit ans elle demandait à avoir son propre piano. Les moyens de la famille étaient modestes. Ils vivaient convenablement, sans plus. Pourtant, poussés sans relâche par leur fille et par ses professeurs qui voyaient en M. une future grande pianiste, J. et R. se sont endettés pour acheter à leur fille, dès ses neuf ans, un piano demi-queue. Pour l’anecdote, ce piano a traversé les années et les océans. Son histoire n’est pas banale ! Il a en effet suivi ma mère d’Allemagne en Hollande. Là, il a survécu aux différents bombardements d’Amsterdam durant la deuxième guerre mondiale. Puis il a traversé l’Atlantique quand ma mère, exilée en Argentine, l’a fait venir là-bas. Il est revenu enfin en Europe bien des années après... et il trône maintenant dans mon salon.

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Voiron, Isère

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